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Evaluer la qualité, les délais d’attente, l’expérience: comparaison internationale

Une comparaison des études publiques de 11 pays souligne que, si des disparités persistent dans la méthode, tous mesurent la qualité des soins et les délais de prise en charge.

L’évaluation de la qualité, de la sécurité, des délais de prise en charge et de l’expérience patient dans les systèmes de santé est de plus en plus courante dans les pays à haut revenus. Toutefois, les approches et les outils mis œuvre en matière d’évaluation publique diffèrent, comme le met en évidence cet article qui présente les pratiques de 11 pays : l’Australie, le Canada, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et les Etats-Unis.

Le développement des mesures et de leur publication est lié à la demande accrue de transparence et de responsabilisation des prestataires de soins de la part des sociétés civiles. Ces mesures fournissent ainsi aux patients la possibilité de faire des choix informés, ce qui contribue à l’orientation générale vers un empowerment des patients. Elles permettent également aux acteurs publics et aux législateurs de prendre des décisions basées sur des données objectives, telles que par exemple des incitations et/ou pénalisations financières rattachées aux performances.

La publication des données de performances est utilisée comme un moyen d’améliorer la qualité des soins à travers deux mécanismes principaux : la sélection, par les utilisateurs, des acteurs les mieux notés, et l’incitation qui en découle, pour les prestataires de soins, à changer leur comportement pour aller vers plus de qualité. Pour ce faire, les données publiées servent alors aux institutions à identifier leurs points faibles et créer de la motivation.

Le caractère public de ces classements pose en revanche des difficultés et ouvre la voie à des effets pervers, en créant des incitations pouvant, à terme, mettre en péril la qualité des soins et la confiance des patients. Des prestataires de soins pourraient en effet refuser de prendre en charge des patients à risque susceptibles d’avoir un impact négatif sur leur classement par exemple.

L’article présenté dresse un panorama des mesures existantes dans les 11 pays cités, un état des lieux qui permet de saisir la diversité des indicateurs utilisés et des situations individuelles tout en pointant la tendance générale à la mise en avant de ces mesures. Sur la base d’un questionnaire rempli par des acteurs clés de chaque pays, les auteurs mettent en évidence la place centrale qui est réservée à la mesure des délais de prise en charge, qui est rendue publique pour les grands hôpitaux dans 7 pays. L’information sur l’expérience patient est également accessible dans la plupart des pays, mais n’est en général pas étendue au secteur des soins primaires. Les questions d’éthique et les possibles effets pervers que pourraient engendrer la notation de prestataires de soins individuels est invoquée en tant que principal frein à de déploiement.

Seule l’Angleterre publie des mesures agrégées sur la sécurité et la qualité globale des soins dans les hôpitaux à des fins de classement. Là encore, les difficultés méthodologiques et éthiques sont probablement responsables de cet état de fait, aux côtés des effets pervers possibles.

Public reporting on quality, waiting times and patient experience in 11 high-income countries, Bernd Rechel, Martin McKee, Marion Haas, Gregory P. Marchildon, Frederic Bousquet, Miriam Blümel, Alexander Geissler, Ewout van Ginneken, Toni Ashton, Ingrid Sperre Saunes, Anders Anell, Wilm Quentin, Richard Saltman, Steven Culler, Andrew Barnes, Willy Palm et al., Health Policy, Volume 120, Issue 4, April 2016, Pages 377-383 Elsevier. Avalable at: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0168851016300264